Dimanche 13 septembre 2026
24ème dimanche du Temps ordinaire
« Du fond du cœur » (Mt 18,35)
« Il est bien possible qu’un pardon pur de toute arrière-pensée n’ait jamais été accordé ici-bas, qu’une dose infinitésimale de rancune subsiste dans la rémission de toute offense ». Ces mots de Vladimir Jankélévitch (Le pardon, 1967) semblent contredire l’appel que nous adresse Jésus ce dimanche. Comment pourrions-nous pardonner de tout notre cœur, ne serait-ce qu’une seule fois ? Alors jusqu’à soixante-dix fois sept fois, cela paraît humainement impossible !
Pourtant, le pardon reste nécessaire pour guérir de la rancune et nous ouvrir un avenir. À défaut de toujours « pouvoir » pardonner, il nous faut donc inlassablement le « vouloir », espérant que cette grâce nous soit un jour accordée. Mais ne nous y trompons pas : «un distributeur automatique de grâces et d’indulgences » est loin d’avoir pardonné de tout son cœur. Il existe des « simili-pardons » qui n’en sont que de pâles contrefaçons. Oublier en laissant le temps faire son œuvre, excuser en cherchant à comprendre plus qu’à pardonner, liquider d’un trait le problème en s’épargnant le douloureux travail de vérité… Voilà un pardon bon marché, sans sacrifice, qui court-circuite tant la liberté que la grâce.
Or, il n’y a de vrai pardon que lorsque la faute est nommée, reconnue, réparée, expiée. C’est alors que peut advenir le miracle. Car celui qui pardonne le fait « pour rien et en échange de rien, gratuitement ». Impossible, me direz-vous ? Ce miracle a pourtant déjà eu lieu. Dieu nous a pardonnés, sans aucun mérite de notre part. Nous pouvons donc à notre tour choisir le pardon comme horizon, laissant derrière nous colère et rancune. Un choix qui portera du fruit en son temps, au moment favorable, à l’heure que Lui seul connaît. Car rien n’est impossible à Dieu.
Père Maxime Lefebvre