Une communauté présente et discrète au service du quartier depuis plus d’un siècle

En 1900, les Servantes du Saint Sacrement de Paris échangeaient le Cénacle de la rue Leclerc, dans lequel la Communauté était installée depuis 1876, pour celui de la rue Cortambert, placé sous le vocable de Notre Dame du Saint-Sacrement. Le terrain avait été acheté deux ans auparavant ; les constructions achevées (chapelle et couvent) ont été bénies par le R.P. Tesnière, ancien supérieur général de l’ordre. L’Exposition du Saint- Sacrement commençait solennellement en la fête de Saint Pierre, le 29 juin 1900. Au même moment les Pères du Saint- Sacrement s’installent avenue de Friedland.

 

Tout avait commencé en 1858, lorsque, à l’appel du Père Eymard, Marguerite Guillot, avec sa sœur Claudine et une compagne, avaient quitté Lyon pour Paris. Le Père Eymard avait commencé son œuvre en 1856. Il jugeait que le temps était venu de réunir les premières femmes appelées au service de l’Eucharistie. Une nouvelle famille religieuse naissait alors dans l’Eglise.

Un nouveau charisme.

De 1858 à 1864, ce premier noyau de Servantes du St Sacrement a grandi en s’adjoignant de nouveaux membres et a vécu dans l’ombre de l’œuvre naissante de la Société des Pères du Saint Sacrement, en partageant sa mission. Rodin s’y réfugia en 1862 à la suite du décès de sa sœur et envisagea même le noviciat. Il réalisa un buste du Père Eymard, aujourd’hui au musée Rodin.

 

Ces femmes, qu’aucun signe extérieur n’identifie, participent aux célébrations liturgiques et à l’adoration silencieuse en présence du Saint Sacrement exposé dans la chapelle des deux communautés. Il est noté la part active qu’elles apportent à la préparation de la première communion des adultes et des jeunes filles, tout comme les Pères le font en faveur des jeunes ouvriers des quartiers pauvres de Paris.

Quelques étapes.

La supérieure générale, Mère Marie-Clémence, pouvait compter sur la générosité de la Princesse Blanche d’Orléans, petite fille du roi Louis-Philippe. Celle-ci était fille spirituelle du Père Tesnière, et il était convenu que des appartements lui seraient attribués dans le nouveau couvent, comme en témoigne la fleur de lys qui agrémente le carrelage. Les travaux rencontrèrent des difficultés liées aux carrières situées sous le terrain, ce qui entraîna des dépenses imprévues et nécessita le recours à des emprunts, d’où des charges annuelles très lourdes.

 

En 1900, la supérieure générale obtint de l’Archevêque de Paris la bénédiction de son sanctuaire sous le nom de « chapelle de Notre Dame du Saint- Sacrement. » C’est le nom sous lequel notre vénéré Fondateur, le Père Eymard, nous a fait honorer la Très Sainte Vierge au pied du Saint Sacrement.

 

Les premières années sont marquées par des difficultés nombreuses, mais grâce au dévouement des fidèles, le cénacle a été sauvé, ce dont témoigne la grotte de Lourdes érigée en ex-voto dans le jardin en 1910. La communauté s’est engagée par vœu à venir chaque année le 1er dimanche du Rosaire pour chanter le Magnificat.

 

Ce n’est qu’en 1946 que la chapelle fut consacrée par le Cardinal Suhard, Archevêque de Paris. Une rénovation du chœur avait pu être réalisée à cette occasion, grâce à la générosité d’une bienfaitrice, rénovation dont nous reste encore aujourd’hui le bel autel de marbre rose.

 

La canonisation de St Pierre Julien Eymard par le Pape Jean XXIII eut lieu le 9 décembre 1962.

 

En 1963, la Fête de Notre Dame du Saint- Sacrement est fixée le 13 mai.

 

Jusqu’au Concile Vatican II, la chapelle comprenait le Chœur, réservé aux Servantes qui se relayaient au pied du Saint Sacrement jour et nuit. Derrière elles, une grille les séparait de la « chapelle des fidèles ». Ceux-ci étaient nombreux à venir participer à la Messe, ou se recueillir dans l’adoration du Saint Sacrement. Parmi eux, quelques célébrités ont reconnu avoir découvert dans cette chapelle la présence réelle de Jésus Christ :

 

  • Julien Green, protestant, demanda le baptême dans la crypte en 1916.
  • Charles-Michel Jean, anglican, entrait chez les Pères du Saint Sacrement en 1938.
  • Umm-el-Banine, musulmane, a publié un récit de sa conversion sous le titre « j’ai choisi l’opium » dans les années 1950.

 

En 1966, la pastorale de la chapelle a été confiée aux Pères de la Congrégation du Saint Sacrement, en étroite collaboration avec les Sœurs.

 

Au début des années 70, à la suite d’une démarche du Père Gilson, alors vicaire épiscopal à Paris, une étude commença dans les communautés des Servantes et des Pères du Saint Sacrement sur « notre place dans la pastorale du secteur ».

 

En 1975, le Cardinal Marty, venu présider le 75ème anniversaire de la bénédiction de la chapelle, encouragea le projet. Dans son homélie, il a parlé de la chapelle comme d’un « relais » entre les deux paroisses, Notre Dame de Grâce de Passy et Saint Honoré d’Eylau… Il ne s’agissait pas simplement de rendre service, mais de collaborer toujours plus étroitement avec les responsables de la pastorale et les laïcs du secteur.

 

Un nouveau projet pastoral est ainsi défini :

 

  • Participation plus active aux célébrations eucharistiques grâce à une équipe de liturgie.
  • Inauguration de soirées d’adoration aux temps forts de l’année liturgique.
  • Eveil à la prière des enfants.
  • Préparation à la première communion.

 

En 1999, le Cardinal Lustiger a créé autour de la chapelle une unité pastorale. Celle-ci a été confiée au Père Bruno Lefebvre-Pontalis, prêtre diocésain, aidé du Père Duvillaret, Père du Saint Sacrement. Deux priorités sont données :

  • Développer le lieu d’adoration
  • Instaurer une pastorale des jeunes

 

A partir de ce moment, la Chapelle de l’école de Gerson, ouverte jusque-là aux fidèles le dimanche, a été fermée. Les familles et les jeunes qui s’y réunissaient sont alors venus en notre chapelle créant au fil du temps de multiples activités qui prennent leur source dans l’adoration du Saint Sacrement, charisme spécifique de ce lieu. Des fidèles s’engagent dans la chaine d’adoration.

 

Depuis 2010, la communauté des Servantes du Saint Sacrement accueille des jeunes sœurs vietnamiennes qui s’engagent avec les sœurs aînées dans la vie de la Chapelle. Cet engagement se concrétise par leur présence de prière jour après jour : messe, adoration, liturgie des heures, par l’accueil de tous ceux qui viennent partager leurs joies et leurs peines, par le soutien discret des responsables des activités, par les multiples services bien souvent cachés au service de la vie de la Chapelle.

 

‘’ Je suis venu jeter un feu sur la terre et comme je voudrais que déjà il fut allumé.’’  (Luc 12, 49) aimait méditer Saint Pierre Julien- Eymard. Dans son sillage, laissons-nous bruler au feu de l’Eucharistie pour le transmettre autour de nous.