Une initiative exceptionnelle

retour

Le fruit exceptionnel de l’initiative d’une communauté

L’orgue de la chapelle Notre-Dame du Saint-Sacrement a été construit en 2016-2017 par le facteur d’orgues Olivier Chevron. Il est issu de la commande des Servantes du Saint-Sacrement appuyée par la générosité des fidèles dont la fréquentation est organisée depuisoeursorgues04s 2000 avec le soutien du diocèse de Paris. Sans leur soutien indéfectible depuis le début, point d’orgue. Tous les acteurs de ce projet leur expriment ici leur profonde gratitude.

Installé au cours de l’été 2017 et bénit le 19 novembre 2017 par Mgr Thibault Verny, évêque auxiliaire de Paris, l’orgue de la chapelle Cortambert est l’un des très rares instruments privés entièrement neufs de la capitale depuis le début du siècle.

Conçu pour l’accompagnement de la liturgie chez les Servantes du Saint-Sacrement, l’orgue est de taille moyenne avec 19 jeux. Le facteur Olivier Chevron, de concert avec l’organiste titulaire, Emmanuel Berenz, a proposé une conception polyphonique à tendance « baroque germanisante » mais en conservant la possibilité d’aborder d’autres répertoires, notamment romantique, grâce à une abondance de jeux de huit pieds. L’ensemble est calme, toutefois généreux.DSC_1219

Initialement prévu en nid d’hirondelle au niveau du triforium presque à l’entrée du chœur afin de ne pas empiéter sur les quelque 420 places réservées aux fidèles, le projet a été modifié par la suite, notamment sous l’impulsion d’Eric Lebrun[1], nous préservant ainsi d’un schéma techniquement compliqué et moins idéal sous l’angle de l’acoustique de la chapelle.

L’instrument est posé à même le sol de la chapelle, presque à mi-nef, pour lui procurer une diffusion optimale du son. Ce faisant l’artiste se trouve devant la montre presque au milieu de l’assistance. Il peut ainsi jouir d’une meilleure écoute de son instrument et se trouver en grande communion avec le public des concerts ou l’assemblée des fidèles.

Le buffet conçu par Christophe Hebert, architecte, et Olivier Chevron a été réalisé par l’ébéniste Xavier Bonsergent de façon simple mais moderne. Sa forme de bouquet posé sur une base cylindrique rappelle celle des piliers qui l’entourent. Avec sa teinte de chêne clair, l’instrument affirme une présence discrète dans la chapelle.

Dès la décision de construction, la communauté des sœurs et le père Emmanuel Coquet ont délibérément laissé la concep-tion musicale à la discrétion du facteur d’orgues et du titulaire dont l’inspiration est à la fois poétique et spirituelle.

Depuis son achèvement, l’orgue se révèle à nous. Tel la chrysalide, c’est au sortir de sa maturation que sa réalité apparait vraiment. Et le résultat dépasse nos attentes comme en témoignent les premiers qui sont venus « le jouer ».

Ainsi, Samuel Liegeon, titulaire de Saint-Pierre de Chaillot, évoque « une palette sonore d’une richesse incomparable pour un instrument de cette taille, qui saura soutenir avec bonheur la prière des fidèles et servir avec éclat le vaste répertoire de l’orgue. » et il ajoute : « Je me réjouis déjà de revenir jouer cet instrument ! Bravo pour ce merveilleux projet. »

De son côté, Eric Lebrun, déjà cité, déclare : « J’ai joué l’orgue de la rue Cortambert. Superbe ! une des plus belles sonorités des dernières années. Tout est beau jusqu’aux courbes du banc. Bravo ! Très, très rare ! ».

Citons enfin le jeune Alexandru Catau – dont les qualités musicales exceptionnelles nous ont été signalées par Eric Lebrun – qui a accepté de venir remplacer le titulaire actuel appelé à d’autres fonctions à Berlin.

Côté technique, on ne trouve aucune intrusion de l’électronique dans l’instrument. Seule la soufflerie est électrique comme pour tous les orgues depuis le début du XXème siècle. En revanche, Olivier Chevron s’est livré à une innovation à laquelle il réfléchit depuis de nombreuses années.

Il s’agit de démultiplier les possibilités de l’instrument en per-mettant à un même jeu d’être utilisé de deux manières différentes afin de varier les colorations sonores des jeux les plus fréquemboutons2ment joués. Pour cela Olivier Chevron a utilisé, à l’octave, le concept de jeu baladeur : c’est-à-dire que, selon le réglage d’une tirette horizontale, le jeu se joue à une octave définie ou bien à l’octave supérieure.

L’effet démultiplicateur sur les combinaisons musicales donne l’impression d’un instrument beaucoup plus riche qu’un orgue de 19 jeux « seulement ».

Selon Olivier Chevron, ce procédé n’avait jamais été tenté. Il séduit déjà.

 

Antoine-Louis de Ménibus

[1] Titulaire du grand orgue Cavaillé-Coll de Saint-Antoine des Quinze-Vingts.