Glorifier Dieu, sanctifier les hommes

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Pourquoi construire un orgue neuf ?

Glorifier Dieu, sanctifier les hommes

 

Des fonctions liturgiques précises sont attribuées à l’orgue :

  • servir le dialogue entre les fidèles, le célébrant et l’édifice pour permettre la louange (rendre gloire à Dieu),
  • élever les âmes vers Dieu et le Ciel (sanctifier les hommes).

La Constitution Conciliaire sur la Sainte Liturgie (§ 20) rappelle le rôle premier et traditionnel de l’orgue à tuyaux et insiste sur la nécessité pour tout instrument admis dans le temple de :

  • s’adapter à l’usage sacré,IMG_9834
  • s’adapter à la dignité du temple,
  • favoriser l’édification des fidèles.

Elle rappelle que l’orgue a été adopté depuis de nombreux siècles comme instrument de la liturgie, d’abord à cause de sa sonorité et de la plénitude sonore qu’il permet, ensuite parce qu’il s’agit d’un instrument de souffle (à cause du son vibrant des tuyaux), enfin parce qu’il est aussi le symbole vivant de l’unité dans la diversité par la multiplicité de ses sons et son aptitude à les mélanger.

Quelques mois après avoir été nommé organiste de la Chapelle, il y a quatre ans et demi, le Père Coquet, alors chapelain, et Sœur Jeanne-Myriam, alors supérieure de la Communauté, m’ont fait part du souhait qu’avait eu la Communauté, depuis de nombreuses années, de faire construire un orgue à tuyaux pour la Chapelle.

Les instruments devant servir la liturgie étant censés être des instruments acoustiques – car la liturgie se veut acte vivant –, il ne faisait pour moi aucun doute qu’un tel souhait était justifié : la Chapelle, seulement dotée d’un orgue électronique, avait besoin d’un véritable orgue construit sur mesure. C’est par le souffle que l’orgue est médiateur et, sans cet air vibré, l’analogie essentielle entre le souffle de l’instrument et le souffle qui nous permet de chanter Dieu, n’existe pas. De plus, la densité et la plénitude des sons d’un vFBU_5125éritable orgue soutient incroyablement mieux le chant de l’assemblée et la justesse des voix.

La Charte des Organistes rappelle quant à elle la dimension poétique nécessaire à l’épanouissement de la liturgie. Pour l’organiste devant officier, il est clair que l’inspiration qui naît d’un bel instrument aux sons vibrants mène à un tout autre niveau que celui atteint au moyen de sons synthétiques ne prenant pas d’ampleur. Par ce souffle réel, l’orgue à tuyaux favorise une ambiance de recueillement.

Certes, le prix d’un orgue neuf est élevé car il s’agit d’un instrument complexe, exigeant un temps de fabrication long et faisant intervenir de multiples savoir-faire. Les matériaux utilisés sont coûteux si l’on veut une qualité durable. Mais, dans la mesure où les matériaux et la facture sont de qualité, et un bon entretien régulièrement assuré, l’instrument doit pouvoir servir durant des siècles. D’autre part, l’exceptionnelle richesse des sons de l’orgue à tuyaux suscite toujours un fort enthousiasme dans le cœur des fidèles. De cet enthousiasme, et du développement et de l’enrichissement de la prière et du recueillement, naissent aussi les ferments de la charité. Au cœur de la mission de l’orgue et de la musique qu’il porte vibre ce rapport entre spiritualité et charité.

Quel orgue construire ?

L’orgue de style polyphonique d’Olivier Chevron

Après que les conseils pastoral et économique de la Chapelle aient discuté du bien fondé d’un tel projet, et une fois prise la décision de passer commande d’un orgue, il s’agissait de se poser la question du type d’instrument qui était souhaitable pour l’édifice.

Pour des raisons de gain de place, un projet d’orgue en nid d’hirondelle au niveau du triforium a d’abord été envisagé avant d’être abandonné au profit d’un orgue à même le sol de la Chapelle et ce pour des raisons de commodité, mais aussi acoustiques et liturgiques.

Il s’agissait bien sûr d’élaborer un orgue dont les dimensions soient parfaitement adaptées à la taille de l’édifice et à son acoustique, mais aussi pouvant parfaitement répondre aux besoins liturgiques (accompagner, improviser…), tout en offrant la possibilité de jouer des pièces variées, avec un riche potentiel à la fois poétique et musical.

En totale concertation et connivence avec le facteur d’orgues Olivier Chevron – facteur de génie, dont j’appréciais tant les réalisations et le travail – nous avons élaboré ce projet en fonction à la fois :

  • de ce que j’apprécie personnellement dans un orgue liturgique de taille moyenne,
  • de l’édifice et de la liturgie déployée à la Chapelle.

Mon souhait de base était une forte présence des jeux de huit pieds, fondamentaux pour l’accompa-gnement du chant, permettant ainsi de varier les possibilités selon le caractère et la place liturgique du chant, sans lasser auditivement.

FBU_5014Pour la coloration, outre les jeux de détail, Olivier Chevron m’a proposé de tester le principe des jeux baladeurs, utilisables en huit pieds et en quatre pieds, ou en huit pieds et seize pieds et je dois reconnaître que la richesse de possibilités que permet ce principe ingénieux et que l’on peut dorénavant apprécier, dépasse ce que j’imaginais.

Nous avons alors décidé d’élaborer un instrument de type polyphonique, pouvant servir de manière optimale le répertoire de Bach et Buxtehude, la musique de la Renaissance et la musique baroque italienne, avec une ouverture possible vers d’autres répertoires.

Ces impératifs qui présidaient à la création d’un orgue :

  • servir la beauté des liturgies et la prière de tous les consacrés et des fidèles,
  • permettre de pénétrer au plus intime de la prière et au plus probant de la louange,DSC_1144
  • et, simplement, émouvoir, toucher, émerveiller et faire rêver… ,

le nouvel orgue d’Olivier Chevron va les assumer avec panache, douceur, chaleur, élégance et expressivité, je crois.

Il va servir et sertir tout le merveilleux inattendu du moment où se réalise ce miracle de la Sainte Messe :

  • la lumière, changeante au fil des heures et des saisons, vient illuminer sa belle façade de tuyaux,
  • ses jeux variés et expressifs vont pouvoir épouser la voix et le ton des célébrants,
  • sa mécanique légère et précise se couler dans le rythme de leurs paroles et de leur chant,
  • la profondeur de ses jeux de fond soutenir la ferveur et l’intensité du chant,
  • les joyeuses couleurs de ses jeux de détail, d’anches et de mutations, enrichir et prolonger la prière de l’assemblée et venir, par ricochet, enrichir les couleurs des ornements liturgiques et des décorations florales.

Autant d’éléments dont la poésie et la vie font de nos liturgies des moments uniques qu’il s’agit pour l’organiste de capter pour les épouser en y apportant, par la magie des sons, le liant nécessaire à l’activation des lois vitales de la célébration.

Le chant qu’ont en partage tous les êtres vivants, existait avant la parole ; il touche à des couches extrêmement profondes de notre être.

L’orgue sert le chant et n’a qu’une seule vocation : chanter.

Emmanuel Berenz

organiste

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