Un peu d’histoire…

En 1900, s’ouvrait la chapelle Notre-Dame du Saint Sacrement

Le 20 juin excatement, les Servantes du Saint Sacrement de Paris échangeaient le Cénacle de la rue Leclerc, au Faubourg St Jacques, pour celui de la rue Cortambert, placé sous le vocable de Notre-Dame du Saint Sacrement.

La fondation de la communauté de Paris date du 1er mai 1876. Les servantes avaient alors accepté l’offre d’achat – avantageuse – de l’immeuble de la rue Leclerc que venaient de quitter les Pères du Saint Sacrement pour s’installer avenue de Friedland.

En 1898, l’acquisition d’un terrain dans le 16ème arrondissement – 20 rue Cortambert – permettait la construction d’une chapelle et d’un couvent mieux adapté. Les constructions achevées, le couvent des servantes a été transféré, bénit par le R.P. Tesnière ancien supérieur général sss, délégué du Cardinal François Richard Archevêque de Paris ; et l’exposition du Très Saint Sacrement commençait solennellement de Saint Pierre, le 29 juin 1900.


 

Tout avait commencé en 1858, le 24 mai – un jour de la fête, cette année-là, de Notre-Dame Auxiliatrice – lorsque, à l’appel du Père Eymard, Marguerite Guillot, avec sa sœur Claudine et une compagne, avait quitté Lyon pour Paris. Toutes les trois venaient se joindre à quelques dames venues de Toulon, fort désireuses de se consacrer à l’oeuvre eucharistique. Pour cela, elles avaient loué un appartement rue Cassini, près de la communauté des Pères du Saint Sacrement établie rue du Faubourg saint Jacques. Le Père Eymard avait commencé son oeuvre deux années auparavant. Il jugeait que le temps était venu de réunir le spremières femmes appelées au service de l’eucharistie. Une nouvelle famille religieuse, vouée à l’eucgharistie, naissait alors dans l’Eglise.

Un nouveau charisme

De 1858 à 1864, ce premier noyau de Servantes du Saint Sacrement a grandi en s’adjoignant de nouveaux membres et a vécu dans l’ombre de l’oeuvre naissante de la Société des Pères du Saint Sacrement, en partageant sa mission.

Ces femmes, qu’aucun signe extérieur n’identifie, participent aux célébrations liturgiques et à l’adoration silencieuse en présence du Saint Sacrement exposé dans la chapelle commune des deux communautés. Il est à noter la part active qu’elles apportent à l’oeuvre de la première communion des adultes et des petites filles. Elles catéchisent les jeunes filles qui n’ont pas encore fait leur première communion, tout comme les pères le font en faveurs des jeunes ouvriers des quartiers pauvres de Paris.

Quelques étapes

Mai 1864 : La communauté des Servantes est transférée de Paris à Angers. C’est le début de la vie religieuse “canonique” sous la vigilance de Mgr Angebault qui les accueille.

1er août 1868 : Le Seigneur rappelle à Lui le Père Eymard. Marguerite vit un moment de réelle détresse. Elle sent tout le poids du fardeau de la fondation de l’Institut qui, à l’époque, compte une seule maison à Angers, et n’a pas encore reçu l’approbation officielle de Rome. Sa foi, son amour de la Croix de Jésus la jette aux pieds du Crucfix. Après une prière prolongée elle se relève de ce moment d’anéantissement revêtue d’une force nouvelle pour continuer son oeuvre.

21 juillet 1871 : La Sacrée Congrégation approuve la Congrégation des Servantes du Très Saint Sacrement ; elle remet cependant à plus tard l’approbation des constitutions présentées à Rome.

De 1871 à 1875 : Mère Marguerite travaille avec ténacité, malgré la maladie et en dépit d’obstacles de toutes sortes, à mettre au point les Constitutions de la Congrégation, en toute fidélité à la volonté du Fondateur, le Père Eymard.

7 mai 1875 : Approbation pour 10 ans des constitutions

8 mai 1885 : Approbation définitive

7 juillet 1885 : Mère Marguerite s’endort dans le Seigneur, laissant à ses filles un modèle éminent de toutes les vertus qui font la vraie Servante du Saint Sacrement.

 


Entre temps, vers la fin de 1875, la servante de Dieu avait reçu une lettre d’un Père du Saint Sacrement, l’avertissant qu’ils allaient abandonner leur maison de la rue Leclerc, à Paris, pour s’installer près de l’Arc de Triomphe de l’Etoile, avenue de Friedland. La maison était donc à vendre, et il l’engageait fortement à l’acquérir… c’était revenir au berceau de l’oeuvre… 12 ans plus tard à peine.

Bien que “n’ayant pas le sou”, mais fortement encouragée par Mgr Freppel, évêque d’Angers : “Ma Mère, lui disait-il, Paris est une ville de ressources, allez de l’avant, vous ne le regretterez pas…” la servante de Dieu écouta le conseil du grand évêque et prit toutes les dispositions pour que les Servantes du Saint Sacrement aillent sans tarder à Paris.


Dans le courant de l’année 1789, le gouvernement, dans sa politique anticléricale, s’en prenait aux instituts religieux. L’attaque s’était portée d’abord contre les congrégations enseignantes. Le projet de loi contre elles, adopté par la Chambre, avait été rejetée au Sénat. Le gouvernement avait résolu de passer outre, et le 29 mars 1880 paraissaient les trop fameux décrets qui ordonnaient la dispersion de tous les ordres religieux, à l’exception des Chartreux et des Trappistes.

Les décrets avaient accordé trois mois aux communautés religieuses pour solliciter une autorisation ou se disperser. Le délai expirait le 29 juin. A partir de ce moment on pouvait s’attendre à tout, même à la force armée réquisitionnée pour chasser de leurs demeures des religieux inoffensifs et jeter à la rue des religieuses qui ne demandaient qu’à vivre en paix dans leurs cloîtres.

A Angers, la situation sembla devenir inquiétante au début de novembre. La Servante de Dieu note au 4 de ce mois : “ici, depuis ce matin six heures, tous les religieux ont été expulsés de leurs demeures : Capucins, Dominicains, Pères du Saint Sacrement et Oblats de Marie. Que nous arrivera-t-il ? Nous n’en savons rien, mais prions… Il n’est pas question de larmes, mais de prières.”

Lorsqu’elle apprit qu’à Paris, grâce à une intervention providentielle, la chapelle des Pères ne serait pas fermée et que ceux-ci ne seraient pas expulsés, elle s’en réjouit : “J’ai appris avec une grande joie qu’à Paris nos Pères ne seront pas expulsés. Ne peut-on pas regarder cela comme miraculeux ? C’est notre vénéré Père qui les protège”.

La tempête des décrets de ce 29 mars 1880 n’avait pas anéanti la fleur délicate qu’était la jeune congrégation des Servantes du Très Saint Sacrement. L’état d’infirmité dans lequel se trouvait celle qui en était l’âme directrice n’empêchait pas l’Institut de vivre et de se développer. L’épreuve de la pauvreté ne l’avait pas fauché : même aux moments les plus difficiles, des âmes généreuses, inspirées par la grâce de Dieu, étaient venues demander leur admission afin de se consacrer au service royal de la divine eucharistie.

La Société des Servantes du Très Saint Sacrement, malgré toutes les difficultés, s’affermissait donc chaque jour davantage. Non seulement le nombre des religieuses augmentait, mais l’Institut lui-même se montrait établi sur des bases solides, approuvé par la Sainte Eglise. Ses constitutions portaient la sanction officielle du Saint Siège.

C’est dans ce contexte que la communauté de Paris, menacée de surcroît d’expropriation en raison de la vétusté de l’immeuble du Faubourg St Jacques, envisagea son déménagement pour venir au 20 rue Cortambert. La supérieure générale, Mère M. Clémence, qui avait succédé à Mère Marguerite, secondée par le Père Tesnière ancien supérieur général des Pères, s’employa à édifier le couvent actuel avec l’espérance d’une chapelle et d’un couvent plus favorable à l’expansion de leur mission dans l’Eglise de Paris. Elle savait alors pouvoir compter sur la générosité envers la congrégation de la princesse Blanche d’Orléans, petite-fille du roi Louis-Philippe. Celle-ci était fille spirituelle du P. Tesnière, et il était convenu que des appartements seraient construits pour elle dans le nouveau couvent, comme en témoigne hautement la fleur de lys qui agrémente le carrelage un peu partout. Les travaux dont la direction fut confiée aux bons soins de M. Alfred Coulon, architecte, assisté de M. Louis Chauvet, ont révélé malheureusement une fâcheuse surprise : à cause des carrières situées dans le terrain, il a fallu creuser très profondément, et la majeur partie du don fut ainsi engloutie dans les fondations. La Société de l’Etoile, constituée civilement, avec les pères du Saint Sacrement pour représenter la maison Mère d’Angers dès l’achat du terrain, a dû recourir à des emprunts afin de mener à terme les travaux de construction, d’où des charges annuelles très lourdes.

Juin 1900

La Chapelle et le couvent sont prêts. Les sœurs de Paris échangent le couvent de la rue Leclerc pour celui de la rue Cortambert, placé sous le vocable de Notre-Dame du Saint Sacrement.

Le 17 juin, la supérieure générale, Sr Marie Clémence, adresse une supplique au Cardinal François Richard, Archevêque de Paris. Elle lui demande :

  • la bénédiction de la chapelle et du couvent ” où les religieuses seront prêtes à entrer pour le 29 juin, en la fête des saints apôtres (…) cette bénédiction devant se faire très modestement, selon la sage recommandation de son Eminence, sans aucun appel au public, le 28 en la Vigile de la fête.”
  • une seconde faveur à laquelle elle attache une grande importance et qui serait accueillie avec grande joie et un renouvellement de piété par toutes les religieuses : permettre que ce sanctuaire fût béni et érigé sous le titre de “chapelle de Notre-Dame du Saint Sacrement.” Elle poursuit : “ce nom paraîtra nouveau peut-être à Votre Éminence, mais je me persuade que sa haute piété en comprendra le bien fondé et la légitimité si elle veut bien prendre en considération les nombreuses approbations épiscopales qui l’ont accueilli et l’ont recommandé à la confiance des fidèles. C’est le nom sous lequel notre vénéré fondateur, le Père Eymard, nous a fait honorer la très sainte Vierge  depuis notre institution en nous donnant pour fin d’honorer et de reproduire selon nos moyens, au pied du Saint Sacrement, la vie de Marie au Cénacle après la Pentecôte.”

La chapelle et le couvent ont donc été bénits le 28 juin 1900
et placés sous le vocable de Notre-Dame du Saint Sacrement

Dès le début, le cénacle fut marqué du sceau divin de la Croix, car aux menaces d’expulsion qui survinrent peu après, dès 1903, succédèrent les événements politiques menaçant l’existence des congrégations religieuses. De ce fait, les difficultés financières allèrent croissant. Le 25 mars 1910, la situation était des plus critiques. La Très Sainte Vierge suscita d’admirables dévouements parmi les familles du quartier. Le Cénacle a été sauvé par miracle, ce dont témoigne la grotte de Lourdes érigée en ex-voto dans le jardin, en 1910 :

“En l’année de grâce 1910,
cette grotte a été construite pour perpétuer la mémoire
des bienfaits multipliés par lesquels
la B.V. Marie a sauvé notre Cénacle
d’une ruine imminente.

La communauté s’est engagée par voeu
à venir chaque année le 1er dimanche du Rosaire
pour chanter le Magnificat”

En 1913, le conseil général fut transféré d’Angers à Paris, ainsi que le noviciat. L’acquisition de la deuxième partie du jardin, en 1928, donna à la propriété ses dimensions actuelles. Entre temps, un terrain contigu avait été loué pour en faire un potager, terrain devenu depuis le collège “Eugène Delacroix”

La maison avait traversé la période de la guerre 1914-1918 sans dommages, après s’être ouverte en partie pour devenir hôpital militaire. Les fêtes du Congrès eucharistique qui suivirent, comme celles du triduum de la béatification du Fondateur en 1925, ont montré combien les fidèles sont attirés dans le sanctuaire près de Notre Seigneur.

Ce n’est que plus tard, le 12 septembre 1946, que la chapelle fut consacrée par le Cardinal Suhard, archevêque de Paris. Une rénovation du choeur avait pu être réalisée à cette occasion, grâce à la générosité d’une bienfaitrice, rénovation dont nous reste encore aujourd’hui le bel autel de marbre rose. Jusqu’alors, l’autel et le trône de l’exposition du Saint Sacrement étaient en matériaux vraiment précaires. Les croix sur l’autel et les piliers rappellent l’onction du saint chrême lors de la consécration.

Quant à la fête de Notre-Dame du Saint Sacrement, le 13 mai, elle fut établie officiellement “patronne secondaire de la consécration” par S.S. Paul VI le 18 septembre 1963, après la canonisation de St Pierre-Julien Eymard par S.S. Jean XXIII le 9 décembre 1962. Comme titulaire de la chapelle, Notre-Dame du Saint Sacrement est célébrée en solennité, à Paris rue Cortambert.

Jusqu’au Concile Vatican II, la chapelle comprenait le chœur, réservé aux Servantes qui – jours et nuit – se relayaient au pied du Saint Sacrement exposé sur un ‘trône’ au dessus de l’autel, entouré de multiples cierges et fleurs. Derrière elles, une grille de fer les séparait de la “chapelle des fidèles”. Ceux-ci étaient nombreux à venir participer à la messe, ou se recueillir au long des jours dans l’adoration du Saint Sacrement. Parmi eux, quelques célébrités ont reconnu avoir découvert dans cette chapelle la présence réelle de Jésus Christ :

  • Julien Green, converti du protestantisme. C’est dans la crypte qu’il a voulu, en 1916, recevoir le baptême.
  • En 1938, Charles-Michel Jean, venu de l’Eglise anglicane. Il entrera un an plus tard chez les Pères du Saint Sacrement.
  • Dans les années 50, Banine, venue de l’Islam, publie un récit autobiographique de sa conversion sous le titre “J’ai choisi l’opium”

Bon nombre de prêtres et religieuses disent que leur vocation a mûri à l’ombre des murs de la Chapelle.

En mars 1965, les responsables des Centres Nationaux de Liturgie et de Catéchèse, avec les responsables de la communauté, ont étudié des projets de démolition et reconstruction, rue Cortambert. Ces projets annulés, d’autres changements ont été envisagés : échange de terrain avec les Religieuses de Ste Clotilde – dites de La Tour – qui avaient besoin de locaux scolaires ; construction d’une nouvelle chapelle au n°24, avec un nouveau couvent, et démolition de la chapelle du n°20 qui aurait fait place à un immeuble d’habitation. Les “Dames de La Tour” elles-mêmes pensaient à une démolition  de leurs bâtiments, ne laissant que la tour intouchable. Toutes les autorités ecclésiastiques ont été alors informées. Mais les fidèles du quartier ont réagi fortement pour “garder leur chapelle”. Finalement, à la grande satisfaction de tous, la chapelle, demeure au 20 rue Cortambert.

Toutefois une rénovation s’imposait. L’étude des documents du Concile donnait une ouverture nouvelle à la compréhension du Mystère de l’Eglise, de l’Eucharistie en particulier. Cette rénovation de l’intérieur de la chapelle fut entreprise vers 1967. C’est à cette même époque